L'une des façons d'intégrer la durabilité dans votre architecture est de l'ajouter à la liste de vos exigences non fonctionnelles. Voici deux idées pour alimenter votre réflexion.

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Photo de Porapak Apichodilok de Pexels

La question de la durabilité prend de l'importance dans les entreprises, car les clients, salariés et parties prenantes sont de plus en plus nombreux à exprimer leurs préoccupations à ce sujet. En réponse, les stratégies en faveur d'opérations plus durables se multiplient, notamment les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), voire de neutralité carbone. Les entreprises prennent également conscience d'autres priorités au niveau mondial, telles que l'approvisionnement éthique.

[Apprenez-en plus sur l'objectif de neutralité carbone de Red Hat pour 2030.]

De nombreuses entreprises ont mis en place des initiatives environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Les critères ESG représentent un concept distinct de la durabilité. Il s'agit d'une méthode qui permet d'intégrer la durabilité dans des indicateurs de performance non financiers. Il s'agit également d'un mécanisme qui permet d'identifier et de catégoriser les actions et leurs conséquences. En d'autres termes, les critères ESG sont une sous-division du développement durable, qui traite des cadres et des normes que les entreprises peuvent utiliser pour communiquer sur leurs résultats.

Aujourd'hui, la durabilité a pris une définition bien plus large ainsi qu'une importance bien plus décisive, et elle couvre chacune de nos actions à l'échelle mondiale. Le concept est simple : traiter les individus et l'environnement de manière plus responsable afin de créer une meilleure société pour les générations futures. Les initiatives en ce sens s'appuient souvent sur les objectifs de développement durable de l'ONU.

En tant qu'architecte, vous vous demandez peut-être ce que vous pouvez faire à votre échelle pour contribuer concrètement à la protection de l'environnement. Vous pouvez, par exemple, traiter la durabilité comme une exigence non fonctionnelle, au même titre que l'évolutivité, la résilience et la sécurité.

Dans cet article, nous vous proposons deux façons d'intégrer la durabilité aux exigences non fonctionnelles, ainsi que quelques idées qui pourraient vous être utiles.

Prenez appui sur ce qui fonctionne déjà

Les entreprises ont conscience de la nécessité de mettre en œuvre des stratégies plus durables, et elles s'y affairent déjà. Dans une enquête d'IBM, 86 % des PDG affirment déjà disposer d'une stratégie en ce sens. Toutefois, rares sont ceux qui ont déjà pris des mesures et établi des plans clairs pour faire de cette vision une réalité. Dans la même enquête, deux tiers des répondants admettent qu'ils ne disposent pas encore d'un portefeuille d'initiatives qui permette de concrétiser cette stratégie, et près de la moitié ne disposent pas de moyens pour mesurer les résultats de leurs efforts.

De votre côté, en tant qu'architecte, vous pouvez commencer par aligner les initiatives de changement sur la stratégie de votre entreprise. Pour ce faire, vous pouvez prendre des mesures au niveau de l'architecture de l'entreprise, où l'objectif est de s'assurer que l'ensemble des activités « va dans le bon sens », autrement dit, qu'elles permettent collectivement d'atteindre les objectifs de changement en matière de durabilité. Mais pouvez également réfléchir à ce problème au niveau des solutions, et vous assurer que tout se fait « de la bonne façon », en suivant les normes et les meilleures pratiques du secteur, afin d'atteindre des objectifs de durabilité.

Au fond, chaque architecte joue un rôle dans l'ajout de nouvelles capacités dans son entreprise. Ceux qui œuvrent au niveau de l'entreprise peuvent profiter de la vue d'ensemble dont ils disposent pour les identifier et les définir, de sorte qu'elles soient compatibles et cohérentes avec les capacités existantes. Quant à ceux qui travaillent avec les solutions, ils peuvent s'assurer que leurs concepts sont conformes aux besoins métier, mais aussi au reste des exigences non fonctionnelles applicables.

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Cherchez à comprendre les véritables conséquences du changement

Pour adopter un développement plus durable, les entreprises ont besoin de nouvelles capacités métier améliorées et plus adaptées à leur profil et doivent tenir compte de nouvelles exigences au niveau des données et processus. Elles doivent notamment comprendre l'empreinte carbone de leur chaîne de valeur tout entière et peuvent apporter leur soutien à des initiatives devenues prioritaires, comme le recyclage des produits dans le cadre d'une économie circulaire.

De leur côté, les architectes peuvent modéliser et interpréter ces propositions de valeur et ces exigences afin de s'assurer que leur gamme d'initiatives est adaptée, et que les personnes qui travaillent sur ces solutions savent quels éléments sont les plus efficaces, et où. Si vous considérez la durabilité comme une nouvelle exigence non fonctionnelle (ou au moins comme un critère plus important qu'avant), vous trouverez des façons d'intégrer une dimension de durabilité dans les processus d'une solution architecturale, en particulier lors des phases de viabilité et de validation.

Un autre point architectural lié à la durabilité concerne les retombées des solutions informatiques sur vos objectifs. Les technologies consomment beaucoup d'énergie, et il est essentiel de prendre en compte leur empreinte carbone lorsque vous prenez des décisions en matière d'architecture de solution. Par exemple, en 2019, The SHIFT Project a estimé les émissions de CO2 liées aux vidéos en ligne, dont l'usage a explosé, notamment en raison de la multiplication des réunions à distance. Parmi les nouvelles technologies gourmandes en énergie figurent le minage de bitcoins, les algorithmes d'IA récents (surtout les systèmes conversationnels et artistiques) et d'autres domaines prometteurs, tels que le métavers. Par conséquent, alors que nous faisons de notre mieux pour optimiser notre consommation d'énergie dans les datacenters, nous augmentons en parallèle notre empreinte carbone en créant du code plus complexe, en rajoutant des silos à nos systèmes et en encourageant la prolifération des données.

[Découvrez comment la modernisation de l'informatique peut aider à réduire la dette technique.]

Que peuvent faire les architectes ?

En tant qu'individus, nous pouvons tous contribuer à l'effort commun en réduisant nos déchets, en les recyclant ou en limitant nos voyages. En tant que salariés, nous pouvons faire entendre notre voix au sein de notre entreprise pour que notre travail aille dans le bon sens.

Les architectes aussi doivent mettre leurs compétences au service de la durabilité. Il est de notre responsabilité de comprendre et d'équilibrer les solutions au regard des problématiques environnementales, notamment en ajoutant la durabilité à la liste de nos exigences non fonctionnelles, car bientôt, nous serons probablement amenés à mesurer la dette technique écologique de nos systèmes informatiques.


Cet article est inspiré d'une présentation de Paul, « An architect's perspective or "What can I do?" », lors de l'événement EA for Sustainability de The Open Group, en janvier 2023.