Présentation
L'application de correctifs en direct au noyau Linux est l'opération qui consiste à appliquer des correctifs de sécurité essentiels et importants à un noyau Linux en cours d'exécution, sans avoir besoin d'effectuer un redémarrage ou d'interrompre l'environnement d'exécution.
Les correctifs et les mises à jour sont deux concepts différents. Une mise à jour est une nouvelle version d'un paquet, plus mineure, qui peut contenir des correctifs de bogues, des améliorations de performances, de nouvelles fonctions, des modifications concernant la ligne de commande et d'autres améliorations. Un correctif est un snippet ou une portion de code (généralement la partie qui diffère entre deux versions d'un paquet ou d'un fichier) qui corrige une vulnérabilité dans la version existante. La correction se fait sans latence, de sorte que la mise en œuvre existante peut s'exécuter de manière plus sûre et que les équipes d'administration système peuvent attendre le prochain créneau de maintenance régulière avant d'effectuer le redémarrage.
En théorie, il est possible d'utiliser l'application en direct pour tout correctif du noyau en cours d'exécution, notamment les correctifs réguliers de bogues et les améliorations. Dans la pratique, on l'utilise en priorité pour corriger les vulnérabilités de sécurité majeures, car les correctifs de ce type doivent être appliqués sans délai. Avec Red Hat® Enterprise Linux®, nous nous sommes concentrés sur les correctifs de sécurité, et nous avons fait de l'application de correctifs en direct au noyau Linux une fonction de sécurité à part entière, qui offre des avantages aux administrateurs en matière de gestion.
Sans cette fonction, l'application d'un correctif nécessite le redémarrage du service ou de l'application à corriger afin de charger les modifications apportées dans la version corrigée. Les correctifs appliqués au noyau Linux lui-même sont également concernés, ce qui complique la tâche pour l'administration des systèmes Linux. Il faut en effet appliquer les mises à jour impératives de sécurité, ce qui implique des redémarrages non programmés du serveur Linux, avec des temps de latence et d'arrêt.
Origine de l'application de correctifs en direct au noyau Linux
Tout est parti d'un problème qu'a rencontré Jeff Arnold, administrateur système en formation au MIT. Il devait appliquer une mise à jour de sécurité à un système, mais a préféré retarder la résolution de la vulnérabilité. Ce système a fini par être piraté. En 2008, Jeff Arnold a décidé de relever le défi auquel il avait été confronté en créant ce qu'il a appelé des « mises à jour de sécurité du noyau sans racine », un moyen d'appliquer et de charger des correctifs de sécurité dans un système en cours d'exécution. Ce projet initial (Ksplice) a formé la base du concept de l'application de correctifs en direct au noyau Linux.
Les mises à jour logicielles dynamiques représentent un défi dans le domaine de l'informatique en raison de la complexité qu'engendrent les services stateless et stateful, la persistance, la gestion des données, les transactions ou encore les commandes, autant d'éléments qui sont au cœur du fonctionnement d'un service ou d'une application.
Jeff Arnold et les équipes des projets suivants d'application de correctifs en direct au noyau Linux ont en réalité utilisé des outils dans l'espace noyau pour charger les modules du noyau.
Ressources Red Hat
Deux espaces d'exploitation du système Linux
L'exploitation du système Linux se divise en deux sections : l'espace utilisateur (où s'exécute l'ensemble des services et des applications) et l'espace noyau (où s'exécute l'exploitation du système central). Le noyau sert d'intermédiaire à toutes les applications pour accéder aux ressources matérielles comme le processeur et le stockage. Au-delà du noyau lui-même, les équipes d'administration peuvent créer des modules personnalisés de noyau pour enrichir ou modifier les fonctionnalités. Ces modules de noyau peuvent être chargés et exécutés dynamiquement, même après le démarrage.
Le rôle des outils d'application de correctifs en direct au noyau est de créer un module de noyau à partir du code corrigé. Il s'agit également d'utiliser l'outil ftrace (fonction de traçage) pour passer de la fonction obsolète à la nouvelle fonction de remplacement, au module de correctif ou à la fonction corrigée.
Figure 1 : fonctionnement de l'application de correctifs en direct au noyau

Ksplice a été le premier projet d'application de correctifs en direct au noyau Linux. Il est toutefois devenu un outil propriétaire après avoir été vendu à Oracle. D'autres équipes de développement ont entrepris de proposer des projets Open Source susceptibles de remplacer Ksplice, avec deux projets légèrement différents lancés en 2014 : kpatch de Red Hat et kgraft de SuSE. En fin de compte, dans l'intérêt de la communauté du noyau Linux, les équipes de développement de Red Hat et de SuSE se sont associées pour créer livepatch, une couche commune au sein du noyau Linux qui permet de développer des outils compatibles d'application de correctifs en direct au noyau Linux.
Intérêt de l'application de correctifs en direct au noyau
Il faut retenir que les correctifs sont utilisés spécifiquement pour remédier aux risques de sécurité. Pour les équipes d'administration système, la difficulté est de tenir compte des correctifs de sécurité dans les systèmes Linux tout en respectant les exigences en matière de disponibilité. Elles peuvent donc ne pas être en mesure de mettre les systèmes hors ligne en dehors des créneaux prédéfinis de maintenance. Cette tension constante ne cesse de s'accroître.
D'après notre rapport sur les risques liés à la sécurité, un pic considérable de problèmes de sécurité (CVE ou Common Vulnerabilities and Exposures) a été enregistré entre 2019 et 2020, ce qui représente une hausse d'environ 155 % (de 1 313 à 2 040). Si ce chiffre a légèrement baissé en 2021 (1 596), il était encore supérieur de 22 % à celui de 2019. Cette augmentation est essentiellement due à une hausse du nombre de vulnérabilités de gravité modérée. Le nombre de failles majeures de sécurité est resté relativement stable, et celui des vulnérabilités critiques a diminué.
Les mises à jour et les correctifs du noyau sont publiés toutes les six semaines, tandis que les mises à jour mineures de Red Hat Enterprise Linux sortent tous les six mois, avec tous les correctifs de sécurité inclus. Puisqu'il est possible d'appliquer des correctifs en direct au noyau Linux sans redémarrage, il n'est pas nécessaire de décider de la politique à suivre.
Vulnérabilités du noyau
Les vulnérabilités du noyau font partie des préoccupations majeures. Pour preuve, quatre des 10 vulnérabilités de la liste CVE les plus consultées en 2021 concernent le noyau.
La capacité d'appliquer en direct des correctifs de sécurité au noyau Linux représente bien plus qu'une question de facilité. Il s'agit d'un outil important pour les équipes de sécurité, puisqu'il leur permet de traiter de manière proactive les vulnérabilités de sécurité, d'assurer le bon fonctionnement des fonctions du noyau et de préserver la sécurité de leurs systèmes.
J'apprécie le processus d'application des correctifs et la manière dont les éléments de Red Hat Enterprise Linux sont agencés. Je n'ai jamais vu de session d'application des correctifs échouer, même lors de l'installation d'un millier de paquets à la fois.
Avantages de Red Hat Enterprise Linux
Pour garantir la sécurité, il faut partir du système d'exploitation (et même du code source) et remonter la pile technologique tout au long du cycle de vie. C'est pourquoi il est essentiel de disposer de divers outils. Red Hat Enterprise Linux inclut différents outils pour la gestion de la sécurité, notamment les suivants :
- Mode image pour Red Hat Enterprise Linux
- SELinux pour les autorisations et le contrôle des accès
- Rôles système Red Hat Enterprise Linux (optimisés par Red Hat Ansible Automation Platform) pour faciliter l'automatisation de la configuration et des tâches
- Red Hat Lightspeed (anciennement Red Hat Insights)
Les outils de détection des vulnérabilités basés sur l'IA, tels que Mythos d'Anthropic, ont atteint un tournant décisif dans le paysage de la cybersécurité. Les groupes de défense ne peuvent plus se fier aux cycles traditionnels de correctifs manuels, en raison d'un changement structurel de la détection et de l'exploitation des vulnérabilités. Mythos et les modèles semblables analysent le code source et les configurations système de façon automatisée, ce qui révèle un nombre considérable de CVE nouvellement détectées.
La console web Red Hat Enterprise Linux peut servir à gérer l'application de correctifs en direct au noyau afin de faciliter considérablement les tâches de maintenance primordiales. Cette fonctionnalité offre une interface simplifiée qui permet à l'équipe d'administration, quel que soit son niveau, de mettre à jour les noyaux sans passer par les outils en ligne de commande. La mise à niveau de l'infrastructure Red Hat Enterprise Linux peut aider à maintenir la posture de sécurité en garantissant un accès ininterrompu aux derniers correctifs.
Incluse dans la souscription Red Hat Enterprise Linux, la solution Red Hat Lightspeed unifie la gestion pour aborder les problèmes de sécurité, notamment à l'aide des éléments suivants :
- Des tableaux de bord visuels pour l'ensemble de l'infrastructure, qui mettent en évidence les systèmes vulnérables et le statut des correctifs afin de trouver et corriger les principaux bogues sans souscription Red Hat Satellite Server supplémentaire
- Les vulnérabilités (CVE) pertinentes et d'autres mises à jour
- des playbooks pour l'automatisation de l'application des correctifs de sécurité de Linux ;
- des profils de sécurité définis et des profils personnalisés pour gérer la configuration du système ;
- Des configurations de référence et une fonction de signalement des systèmes dont la configuration diverge des références
Nos solutions
L'application de correctifs en direct au noyau Linux a vu le jour lorsqu'un besoin a été identifié et qu'un projet Open Source a été mis en place pour permettre à des entreprises et à des membres de la communauté de créer en collaboration une solution qui profiterait à chacun. Cette approche Open Source est au cœur des valeurs de notre modèle de souscription : collaboration, transparence et souci d'optimisation des technologies et de l'expérience utilisateur.
Red Hat Enterprise Linux for AWS offre plusieurs avantages :
- Réduction de la fenêtre de risque de sécurité avec Red Hat Lightspeed et réception de notifications et de mesures de correction rapides pour les menaces récemment détectées
- Mise en place d'une défense puissante et multicouche avec isolation des processus et contrôle d'accès à l'aide de SELinux et de fapolicyd
- Réduction des risques et instauration de la confiance grâce à une chaîne d'approvisionnement des logiciels transparente
- Adoption de l'approche shift left avec renforcement préalable et mode image pour Red Hat Enterprise Linux
- Simplification de la conformité FIPS
- Gain de temps et d'efficacité avec l'automatisation et l'orchestration
Accélération du temps moyen nécessaire à la correction en boucle fermée
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